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Hidalgo : "La blessure est toujours là"

8 juillet 2012 - 11:40

Trente ans jour pour jour après France-Allemagne 1982, Michel Hidalgo, l'ex-sélectionneur des Bleus, rouvre pour nous le livre à souvenirs.

Le ciel de Séville était "noir". C'était une "nuit maudite". Un jeudi "inoubliable, et tellement douloureux". Trente ans ont passé depuis ce 8 juillet 1982. Mais les souvenirs de Michel Hidalgo sont intacts. La cicatrice, encore à vif. L'ancien sélectionneur des Bleus a accepté pour nous de revenir sur cette demi-finale de Coupe du monde perdue aux tirs au but face à la République fédérale d'Allemagne. Le scénario, écrit à l'encre de "la tragédie", de "la passion" et de "l'amertume", Hidalgo aimerait tant le réécrire. Il ne peut que ressasser des émotions, des images, des souvenirs. Dans l'entretien de quarante-cinq minutes qu'il nous a accordé, mardi, il les évoque avec minutie. A cœur ouvert.

Michel Hidalgo, ce dimanche, on célèbre le 30e anniversaire de France-Allemagne. Trente ans plus tard, quels souvenirs en gardez-vous ?
M. H. : Un match comme ça, on ne peut pas l'oublier. C'est mon souvenir d'entraîneur le plus fort. De très loin. Il y a tout dans ce match. Les Allemands marquent. On réussit à égaliser. Puis 2-1, 3-1. Quand Alain Giresse marque le but du 3-1, on se dit que c'est plié. Tout le monde le pense. On se voyait déjà en finale. En finale de la Coupe du monde !

Vous vous y êtes vus trop tôt ?
M. H. : Sûrement. Quand on joue contre les Allemands, ce n'est jamais gagné. On le savait pourtant. Ça ne nous a pas empêchés de perdre aux tirs au but. En quelques minutes, on est passé du rêve au cauchemar. On ne méritait tellement pas de perdre.

Trente ans après, on vous sent encore touché...
M. H. : C'est vrai qu'au fond, la blessure est toujours là. On est passé si près de notre première finale de Coupe du monde. On l'a appris après coup, mais en France, on débouchait déjà le champagne. Quand j'y repense, ce match était une telle injustice. Rien ne nous a été épargnés.

Vous faîtes référence à la sortie d'Harald Schumacher sur Patrick Battiston ?
M. H. : Oui, évidemment. Comment peut-on faire ça sur un terrain de football ? Son geste était d'une brutalité et d'une méchanceté hallucinantes. Le plus grave, c'est qu'il est resté impassible. Il aurait pu tuer un joueur ! Je n'ai pas compris. Je ne comprends toujours pas. Et puis il y a l'arbitre, qui ne siffle même pas coup franc. Il a mis près de trente ans à reconnaître qu'il s'était trompé. Les Allemands et l'arbitre ne nous ont pas fait de cadeaux.

Dans le vestiaire, l'ambiance devait être pesante...
M. H. : Vous ne pouvez pas imaginer ! C'était pas un vestiaire. C'était une école maternelle ! Il y a d'abord eu un long silence. Puis des pleurs. Beaucoup de pleurs. On aurait dit des gamins que les mamans viennent d'abandonner à l'école. Impossible de trouver les mots : ils étaient inconsolables. Je revois encore Marius Trésor en larmes. Voir un gaillard comme lui qui craque complètement, alors que d'habitude, il respire la joie de vivre... J'en ai encore des frissons. Certains joueurs ne voulaient même pas se changer. On a dû les trimbaler de force sous la douche, tout habillés.

Que s'est-il passé ensuite ?
M. H. : On est reparti aussitôt de Séville. Quelques jours plus tard, on a perdu le match pour la troisième place (face à la Pologne, 2-3). On n'avait plus la tête à ça. Cette déception, immense, avait laissé des traces. On n'avait qu'une idée : quitter l'Espagne au plus vite. On avait prévu de rester jusqu'à la finale. On n'a pas pu. On est rentré en France.

Comment avez-vous été accueillis ?
M. H. : On était des héros ! Mais on avait, malgré nous, ravivé une certaine haine des Allemands.

Vraiment ?
M. H. : Deux-trois jours après la Coupe du monde, je suis allé à l'étape de Tour du France qui arrivait à Bordeaux. Je suis un amoureux du cyclisme. J'ai voulu grimper une cote à une dizaine de kilomètres de l'arrivée. Je n'ai pas pu aller jusqu'en haut. Il y avait un monde fou. Je n'avais jamais vu des gens aussi fanatiques, aussi méchants vis-à-vis des Allemands. C'était redevenu ''les Boches'', nos ennemis. D'un coup, j'ai senti que les souvenirs de la Guerre remontaient à la surface. Il y avait un parfum de haine.

Mais pour l'équipe de France, cette demi-finale n'a-t-elle pas été un mal pour bien ?
M. H. : Absolument. A chaud, les joueurs ont eu du mal à s'en remettre. Ils étaient tellement dépités que dans l'avion du retour, ils avaient décidé de laisser l'équipe de France à une autre génération. Heureusement, le temps fait son œuvre. Dans la nuit noire de Séville, une lumière est apparue. C'est cette lumière qui nous a conduits jusqu'à la victoire en 1984. Notre grande chance, c'est que l'Euro avait lieu deux ans plus tard, en France. S'il avait fallu attendre quatre ans, beaucoup de joueurs auraient arrêté.

Le souvenir de Séville vous a-t-il accompagné durant l'épopée de 1984 ?
M. H. : A chaque match. Il ne s'est pas passé un instant sans qu'on y pense. Les joueurs ne voulaient pas revivre cette injustice. Elle était restée profondément ancrée en nous. Regardez l'action de Jean Tigana, lors de la demi-finale face au Portugal : il fait preuve d'une rage incroyable pour offrir le but du 3-2 à Michel (Platini). Cette action symbolise toute la détermination qui nous animait. Dans notre esprit, il n'était plus question de perdre.

Le titre européen de 1984 a-t-il effacé 1982 ?
M. H. : Sur le moment, on l'a vécu comme un réconfort. Enfin, je dirais plutôt comme un soulagement. Le soir qui a suivi la finale face à l'Espagne, on n'est pas allés manger dans un restaurant, pour se montrer, pour être fêtés comme des héros. On a dîné au siège de la Fédération, entre-nous. Avec nos femmes. Avant de partager notre bonheur avec les supporters, on voulait le savourer. Après tout ce que nous avions vécu ensemble...

Avec du recul, le souvenir de 1982 est-il plus fort que celui de 1984 ?
M. H. : Les sentiments sont différents. Mais la déception de 1982 était au-dessus de la joie de 1984. Elle l'est toujours. Ce France-Allemagne a laissé des traces indélébiles. Je ne l'oublierai jamais. Jamais.

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